Dans un gouvernement où les changements ont parfois des allures de règlements de comptes politiques, certaines reconductions sont plus que de simples marques de confiance : elles sont des choix stratégiques. Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et Médias depuis 2021, garde son fauteuil. Une décision qui en dit long sur la manière dont Félix Tshisekedi entend gérer la bataille de l’image et du récit, alors que la RDC affronte à la fois une guerre à l’Est et des tensions politiques internes.
Il a le verbe comme arme, journaliste de formation et communicateur aguerri, Patrick Muyaya a construit sa réputation sur un style fluide, pédagogique et toujours cadré. Dans les briefings de presse comme dans les interviews internationales, il incarne la parole officielle, tantôt apaisante, tantôt offensive.
C’est lui qui a porté, avec un sens certain de la mise en scène, la loi sur la liberté de la presse – un texte salué par certains comme un pas en avant.
Patrick Muyaya est un pilier dans la machine Suminwa II. Sa reconduction n’est pas le fruit du hasard. Dans l’architecture politique de Félix Tshisekedi, le ministère de la Communication est une tour de contrôle : il façonne la perception publique des actions du gouvernement, amortit les coups de l’opposition et synchronise les messages destinés aux partenaires étrangers. En période de guerre, la bataille de l’opinion se gagne aussi devant les caméras et sur les réseaux sociaux – un terrain où Muyaya excelle, maniant aussi bien les codes médiatiques traditionnels que les narratifs numériques.
Quelques minutes après l’annonce, il a réagi sur X (ex-Twitter), remerciant le président et la Première ministre pour cette “confiance renouvelée” et promettant de poursuivre le “parachèvement des réformes dans le secteur des médias”. L’expression “défense de la patrie par la parole” résume sa conception du métier : le verbe au service de la stratégie nationale.
Si Patrick Muyaya reste l’un des ministres les plus visibles et les plus médiatiques du gouvernement, ce mandat ne sera pas un simple prolongement du précédent. La régulation du paysage médiatique, le traitement des journalistes dans les zones de conflit, la lutte contre la désinformation et la communication autour des réformes des médias sont autant de chantiers où il sera attendu au tournant.
Patrick Muyaya n’est pas seulement la voix du gouvernement Suminwa II. Il est l’un de ses interprètes les plus habiles, capable de traduire les lignes politiques en messages clairs. Dans un pays où l’image du pouvoir est aussi stratégique que sa force militaire, sa présence au micro est moins un luxe qu’une nécessité politique.
Junior Kulele


