Les grands joueurs ne choisissent pas les matchs faciles. Ils choisissent les rendez-vous qui entrent dans l’Histoire. Quand les Léopards étaient dos au mur, quand le rêve mondial semblait s’échapper, un homme a refusé la fatalité. Son nom : Yoane Wissa. En l’espace de quelques minutes, l’attaquant congolais a transformé l’angoisse en euphorie, le doute en certitude et une défaite annoncée en une qualification historique.

Longtemps menée par une séduisante équipe d’Ouzbékistan, la République démocratique du Congo a trouvé les ressources pour renverser totalement la rencontre et s’imposer 3-1, au terme d’une seconde période d’une intensité exceptionnelle. Une remontée spectaculaire qui propulse les Léopards en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, où les attend désormais l’Angleterre.
Au cœur de cette nuit magique, Yoane Wissa a livré une prestation digne des plus grands. Invisible ou presque lors du premier acte, souvent obligé de décrocher pour toucher le ballon, l’attaquant n’a jamais cessé d’y croire. Les grands buteurs possèdent ce don rare : disparaître un instant pour mieux surgir lorsque tout bascule. À la 66ᵉ minute, Wissa provoque un penalty avec toute sa malice en devançant un défenseur ouzbek. Il s’avance ensuite face au gardien avec un calme impressionnant et transforme la sentence. Ce but relance une équipe congolaise qui retrouve soudainement son souffle.

Quelques minutes plus tard, Fiston Mayele renverse complètement le scénario en donnant l’avantage aux Léopards. Mais la soirée portait définitivement la signature de Wissa. À la 90ᵉ minute, après une première tentative repoussée, il suit parfaitement l’action et inscrit le troisième but congolais, celui de la délivrance, celui qui fait chavirer tout un peuple. Même dans les dernières secondes, l’attaquant n’a pas compté ses efforts. Revenu défendre dans sa propre surface, il repousse de la tête un ultime corner adverse, symbole d’un joueur totalement investi dans le destin collectif de son équipe.
Cette performance lui vaut logiquement le trophée de « Superior Player of the Match », récompensant une prestation complète, décisive et pleine de caractère. Mais cette nuit dépasse les simples statistiques. En inscrivant les deux premiers buts de la RDC dans cette Coupe du monde, Yoane Wissa devient le douzième joueur de l’histoire du Mondial à marquer les deux premiers buts historiques de sa sélection dans la compétition. Avec désormais trois réalisations sur les quatre buts inscrits par la RDC en Coupe du monde, il est impliqué dans 75 % de l’histoire offensive congolaise sur la plus grande scène du football mondial.

Cette soirée consacre également le parcours exceptionnel d’un joueur qui n’a jamais cessé de gravir les échelons. Formé en France, révélé sous les couleurs de Lorient, confirmé avec Brentford en Premier League, Wissa s’est imposé saison après saison comme l’un des attaquants africains les plus redoutables du championnat anglais. Travailleur infatigable, discret loin des projecteurs mais impitoyable devant le but, il est aujourd’hui devenu le visage d’une génération congolaise ambitieuse qui refuse de se fixer des limites.
Grâce à cette victoire, la RDC devient la 11ᵉ nation africaine de l’histoire à remporter un match en Coupe du monde, rejoignant le Maroc, l’Algérie, le Cameroun, le Ghana, la Tunisie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Et si cette qualification est celle d’un groupe uni, elle porte incontestablement l’empreinte d’un homme. Cette nuit, Yoane Wissa n’a pas seulement marqué deux buts. Il a inscrit son nom dans la légende du football congolais.
Junior Kulele


