Kinshasa ne cache plus ses ambitions. Dans un contexte international marqué par des rivalités d’influence et des équilibres fragiles, la République démocratique du Congo passe à l’offensive diplomatique. Objectif : porter une voix congolaise à la tête de Organisation internationale de la Francophonie. Au cœur de cette stratégie, un nom chargé d’histoire et d’avenir : Juliana Lumumba.

Brazzaville, première étape d’une tournée stratégique
C’est sur l’autre rive du fleuve Congo que Kinshasa a choisi de lancer sa campagne. Une délégation dépêchée par le Président Félix Tshisekedi a été reçue à Brazzaville par son homologue Denis Sassou-Nguesso. Conduite par Crispin Mbadu, ministre délégué en charge de la Francophonie, la mission avait une portée à la fois diplomatique et symbolique : obtenir l’adhésion d’un pays frère, considéré comme un pilier dans l’espace francophone africain.
Dans une déclaration empreinte de fraternité, le ministre a évoqué « une même famille », insistant sur la nécessité de recueillir « bénédiction, conseils et soutien sans faille » avant d’entamer une tournée plus large dans les capitales francophones.

Une candidature portée par l’histoire et une vision
Présente au sein de la délégation, Juliana Lumumba incarne bien plus qu’une candidature. Fille du héros national Patrice Émery Lumumba, elle porte une mémoire, mais surtout une vision. Diplômée en sciences politiques à Paris et figure active de la vie publique congolaise, elle ambitionne de transformer en profondeur la Francophonie. Son projet : rompre avec une organisation perçue comme institutionnelle et distante pour bâtir « une Francophonie des peuples ». Une Francophonie plus inclusive, plus solidaire, plus vivante tournée vers les citoyens plutôt que limitée aux cercles diplomatiques.
Une bataille électorale à haute tension
La route vers le secrétariat général s’annonce toutefois semée d’embûches. Face à la candidate congolaise, plusieurs poids lourds. D’abord, la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, soutenue par le Rwanda pour un nouveau mandat. Ensuite, la Mauritanienne Coumba Bâ, également en lice. Mais au-delà des candidatures, c’est un véritable duel géopolitique qui se dessine. Les tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali notamment autour du conflit dans l’Est de la RDC donnent à cette élection une dimension stratégique.
Dans ce contexte, chaque soutien comptera. Le Sommet du Cambodge, théâtre du verdict
C’est lors du Sommet de la Francophonie prévu les 15 et 16 novembre 2026 au Cambodge que se jouera cette bataille diplomatique. Instance suprême de la Francophonie, ce rendez-vous réunit tous les deux ans les chefs d’État et de gouvernement des pays membres. Il fixe les grandes orientations de l’organisation et élit son ou sa secrétaire général(e). Pour la RDC, l’enjeu est immense : affirmer son leadership dans l’espace francophone et repositionner le pays comme un acteur incontournable sur la scène internationale.
Une ambition nationale, un symbole continental
En lançant Juliana Lumumba dans cette course, Kinshasa ne se contente pas de briguer un poste. Elle projette une vision. Celle d’une Afrique francophone qui prend la parole. Celle d’un Congo qui transforme son héritage historique en levier d’influence. Celle d’une diplomatie qui ose, qui s’affirme, qui revendique sa place. La bataille de la Francophonie est lancée. Et cette fois, la RDC entend bien écrire l’histoire à sa manière.
Junior Kulele


