En confiant aux chefs religieux la mission de conduire un dialogue inclusif entre Congolais, le président Félix Tshisekedi amorce un tournant politique majeur. Entre recherche d’un consensus national, crise sécuritaire dans l’Est et attentes de l’opposition, cette initiative pourrait redessiner le paysage politique congolais, à condition qu’elle dépasse le stade des intentions.
L’annonce est de celles qui peuvent marquer un changement de cap. À l’issue de la rencontre entre le président Félix Tshisekedi et les chefs des principales confessions religieuses, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu a révélé que le chef de l’État avait décidé d’engager la République démocratique du Congo dans un dialogue inclusif entre les filles et les fils du pays.
« J’ai l’honneur de vous l’annoncer : le chef de l’État a levé l’option d’engager notre pays dans un dialogue entre Congolais, un dialogue inclusif. Les modalités et les conditions seront précisées au fur et à mesure », a déclaré le cardinal, précisant que les responsables religieux avaient accepté la mission qui leur a été confiée.
Un changement de méthode
Depuis plusieurs mois, les Églises catholique et protestante, rejointes par d’autres confessions religieuses, plaidaient pour un dialogue national afin de sortir le pays de la crise multidimensionnelle qu’il traverse. Jusqu’ici, le pouvoir privilégiait les consultations politiques et les initiatives diplomatiques sans ouvrir un véritable cadre national de concertation.
L’annonce du cardinal Ambongo traduit donc une évolution notable de la position de la présidence. En acceptant le principe d’un dialogue inclusif, Félix Tshisekedi reconnaît implicitement que les défis auxquels la RDC est confrontée nécessitent un consensus plus large que celui de la majorité au pouvoir.
Une réponse à un contexte particulièrement tendu
Cette initiative intervient alors que le pays fait face à plusieurs crises simultanées. Dans l’est de la RDC, malgré les processus de Washington et de Doha, les affrontements se poursuivent et les engagements de paix peinent à produire des effets concrets. À l’intérieur du pays, les débats autour de la gouvernance, des réformes institutionnelles, de la cohésion nationale et du climat politique continuent d’alimenter les tensions entre le pouvoir, l’opposition et une partie de la société civile.
Dans ce contexte, un dialogue national apparaît comme une tentative de créer un espace de concertation susceptible de restaurer la confiance entre les principaux acteurs politiques et sociaux.
Le défi de l’inclusivité
L’annonce du principe ne constitue toutefois qu’une première étape. Le véritable enjeu résidera dans les modalités de ce dialogue. Qui y participera ? Les principaux opposants seront-ils associés ? Les mouvements citoyens, les organisations de la société civile, les représentants des provinces et les groupes concernés par les conflits auront-ils leur place autour de la table ? Quel sera le mandat exact des chefs religieux ? Autant de questions qui détermineront la crédibilité du processus.
L’expérience politique congolaise montre que plusieurs dialogues nationaux ont permis d’apaiser des crises, mais que leurs conclusions ont souvent été contestées en raison de désaccords sur la représentativité des participants ou sur la mise en œuvre des résolutions adoptées.
Les Églises, un rôle de confiance
En confiant cette mission aux chefs religieux, Félix Tshisekedi mise sur des acteurs qui bénéficient encore d’un important capital de confiance auprès d’une large partie de la population. Les Églises ont, à plusieurs reprises, joué un rôle de médiation dans les moments les plus sensibles de l’histoire récente de la RDC.
Leur capacité à rassembler des sensibilités politiques opposées pourrait constituer un atout majeur. Mais cette responsabilité les expose également à un exercice délicat : préserver leur neutralité tout en facilitant un dialogue capable de produire des résultats concrets.
Une opportunité à ne pas manquer
L’ouverture d’un dialogue inclusif représente sans doute l’un des gestes politiques les plus significatifs du second mandat de Félix Tshisekedi. Elle traduit la reconnaissance qu’aucune solution durable aux défis sécuritaires, politiques et sociaux ne pourra être trouvée sans un minimum de consensus national.
Mais le succès de cette initiative dépendra moins de son annonce que de son exécution. Si le dialogue est réellement ouvert, transparent et inclusif, il pourrait contribuer à renforcer la cohésion nationale et à créer les conditions d’une stabilité durable. En revanche, s’il est perçu comme un simple exercice politique ou un cadre réservé à quelques acteurs, il risque de raviver les divisions qu’il ambitionne précisément de surmonter.
Pour la RDC, le véritable défi ne sera donc pas d’organiser un dialogue, mais d’en faire un instrument capable de réconcilier les Congolais autour d’une vision commune de l’avenir.
Junior Kulele


